CePiCOP - 10.03.2026 - Epeautre : Printemps indien ?

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Céréales
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Cette année, les conditions de l’hiver ont permis aux épeautres de développer un
nombre impressionnant de jeunes talles. Bien plus qu’il n’en faut pour un
peuplement optimum.

Sols et plantes :

La notion d'été indien, défini comme une prolongation de l'été sur l'automne, est bien connue de tous mais existe-t-il un terme qui désignerait une période printanière venant se loger au crépuscule de l'hiver ? Ou devons-nous considérer que l'hiver a simplement été écourté cette saison ? Le refroidissement annoncé pour les prochains jours, nous pousse à considérer la première proposition.

Nous sortons et c'est la première fois depuis près de 10 ans, d'un hiver assez sec mais qui a compté nettement plus de jours de neige que la moyenne de ces dernières années. Seul le mois de février a comptabilisé plus de précipitations que la moyenne. La relative sécheresse des mois de novembre, décembre et janvier a été bénéfique aux structures des sols et au développement des plantes. Les épeautres semés en octobre et au début novembre, atteignent déjà le stade fin tallage et les talles des variétés précoces commencent à se redresser. Dans la majorité des cas, les sols ont conservé une assez bonne structure. Pour les semis tardifs ou les zones inondables, on peut cependant observer quelques phénomènes de battance sur les terres trop vite refermées par les pluies. Les plantes y sont alors plus chétives et clairsemées. Dans ce cas, le passage d'un rouleau Cambridge (cranté) peut s'avérer utile et permettra une reprise plus rapide de la végétation.

Les cultures ont pour l'instant un aspect verdoyant et agréable à regarder mais ne dit-on pas qu'il faut éviter d'être trop beau trop tôt. Le développement est soutenu par un nombre impressionnant de talles. En général on souhaite maximiser le tallage. Cette saison nous pose le problème inverse, du moins pour les semis précoces. Les plantes à plus de 10 talles ne sont pas exceptionnelles et pour certaines variétés semées au 15 octobre, sont même devenues la norme. Ce tallage abondant associé à une période nuageuse durant la phase de redressement-montaison et à une forte disponibilité de l'azote, entraîne un risque très important de verse pour les prochains mois. Dans ces conditions, nous allons, de notre côté, procéder avec prudence et réduire la fertilisation prévue (la hausse des prix de l'azote nous y motive également).

Cette année, les conditions de l’hiver ont permis aux épeautres de développer un nombre impressionnant de jeunes talles. Bien plus qu’il n’en faut pour un peuplement optimum.

Désherbage :

La plupart des terres ont pu être désherbées chimiquement avant l'hiver. Ce sera sans doute plus compliqué lorsque le Flufénacet et le Diflufenican ne seront plus autorisés. La grande majorité des terres sont propres et le couvert dense de l'épeautre rend difficile la levée des adventices. Pour les semis tardifs n'ayant pu être désherbés, les conditions restent favorables du moins lorsque les quelques jours de pluies et de vents seront passés.

Sur les terres conduites selon les règles de l'agriculture biologique, les désherbages mécaniques ont pu être réalisés. Les conditions des derniers jours étaient idéales (portance, pas de vent du nord ni de gel nocturne) mais à condition d'adapter le bon outil à chaque situation. Pour les céréales semées à large écartement, la combinaison binage entre les lignes pour passage en travers avec la herse étrille, offre un très bon rendu. Pour les autres le choix entre la houe rotative et la herse dépend de la dureté de la croûte et du développement des adventices. Si la surface du sol se fend facilement, la herse est suffisante sinon la houe sera d'un meilleur recours. Dans les cas de battance durcie, un passage préalable à l'aide d'un rouleau Cambridge est conseillé. Il permettra à la houe ou à la herse d'être bien plus efficace. Il est également à noter que les terres qui ont pu être désherbées avant l'hiver souvent par un léger passage de herse étrille quelques jours avant la levée des céréales sont plus bien faciles à désherber car il n'y pousse à présent que de très jeunes adventices.

En agriculture conventionnelle, le désherbage mécanique peut permettre de réduire l'utilisation des produits phytosanitaires. C'est le cas de notre multiplication de la variété Beffroi, implantée sur les terres de la Faculté de Gembloux et conduite conjointement par la ladite Faculté et le CRA-W. Le semis y a été réalisé le 5 novembre à très faible densité 110 kg/ha dans le but de maximiser la production de graines sur des plantes bien individualisées (ce qui permettra en juin d'épurer le champ des plantes distinctes). Il n'y a pas eu d'application d'herbicide jusqu'à présent et une légère croûte s'est formée sur la terre.  Quelques matricaires et gaillets commencent à se développer mais la terre est propre de vulpins et de tout autres graminées. Tenant compte de tous ces paramètres, il a été décidé de désherber en deux temps. D'abord par un passage de houe rotative réalisé au 9 mars puis plus tard par l'application d'un léger herbicide qui viendra parfaire le travail si nécessaire. 

Quatre photos illustrant l’utilisation de la houe rotative pour un premier désherbage sortie hiver sur un semis tardif. En A, on peut voir les matricaires qui peuplent le champ, en B et C, la présentation de la houe rotative d’une largeur de 6,5m et en D, l’effet du travail du passage de l’outil (avant à droite, après à gauche).

Fertilisation :

Côté engrais, les premières fractions ont été appliquées la semaine dernière soit la première semaine de mars. C'est tôt, sans doute, mais avec l'hiver très favorable et le développement rapide des plantes, cela semble plutôt judicieux. S'il est souvent bien utile de faire des analyses de sols afin de connaître ses reliquats azotés, cette saison, c'est particulièrement le cas. Si les conditions de la seconde partie de l'été et de l'automne ont favorisé la minéralisation, la faiblesse des précipitations hivernales n'a pas lessivé l'azote. Et les stocks accessibles sont dans certains cas, très importants. C'est par exemple le cas chez nous à Gembloux où notre plate-forme de sélection suit une culture de lin textile. Les reliquats y sont très élevés, proches d'une centaine d'unités. A contrario, pour le champ de multiplication d'épeautre situé de l'autre côté de la route mais qui lui suit une culture de chicorée arrachée fin octobre, les reliquats présents dans les 90 premiers centimètres ne sont que de 30 unités d'azote. Plus que lors des autres saisons, l'effet de la date de récolte de la culture précédente est prépondérant.

Les fertilisations que nous allons appliquer à ces deux terres en première fraction sont respectivement de 40 et 60 unités d'azotes. Dans les deux cas, nous prévoyons d'appliquer une fumure complète de 140 et de 160 unités en 3 fractions. Ces 3 passages sont une forme d'assurance pour satisfaire l'ensemble de nos variétés car dans la pratique les essais fertilisation des dernières années ont confirmé qu'en épeautre une fumure en deux fractions était tout aussi efficace et économiquement plus rentable. Dans les terres plus froides (Condroz), la tendance est à appliquer de plus fortes teneurs (70-90 uN) ce qui par le passé s'est avéré adapté à ces conditions mais attention au risque de verse si l'ensemble des fractions « tallage + redressement+ montaison » dépasse 100 uN.

Maladies et ravageurs :

L'hiver n'a pas été froid. A Gembloux, le minimum n'a été que de -6°C durant quelques heures lors de la première semaine de janvier. Ce n'est pas suffisant pour détruire les adultes de pucerons qui ont dès lors sans doute survécu. Nous n'en avons pas encore observé mais nous restons attentifs. Pour les maladies fongiques, elles sont encore discrètes mais les observateurs les plus attentifs ont la possibilité de trouver çà et là quelques petits foyers de rouille jaune.  Aucun foyer ne justifie actuellement de traitement fongicide.

Je vous souhaite une agréable semaine,

Guillaume Jacquemin


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