CePiCOP - 24.03.2026 - Les épeautres vont-ils rattraper les froments ?

Céréales
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Deux photo prises le 22 mars illustrant la densité du couvert et le
développement des épeautres semés au 15 octobre. A gauche la variété Cosmos, à
droite Courtoise.

Sol et climat :

Comparativement au froment, l'épeautre est généralement plus tardif à se redresser, pourtant cette année, il semble aussi précoce que les blés. C'est un fait assez rare pour être signalé car si les précocités de la plupart des variétés de froments augmentent avec les températures de plus en plus douces de nos hivers, la croissance des épeautres semblait bien plus constante. On attribue généralement ce caractère plus stable des épeautres à une plus grande dépendance de ceux-ci face à la photopériode que par rapport aux températures.  Cette année, les épeautres semés en octobre ont pratiquement deux semaines d'avance sur les situations observées ces 4 dernières années. Bien sûr, nous sommes à nouveau dans une année chaude et l'hiver a été très doux mais c'étaient également le cas des 4 dernières années. Or, en relisant les avis de 2022 à 2025, nous pouvons constater que les dates à laquelle le stade BBCH 30 (épi-1 cm) a été atteint pour la Hesbaye, se situaient toujours entre le 8 et le 12 avril. Cette année, les variétés précoces au redressement comme Courtoise et Zollernperle avaient déjà atteint ce stade ce dimanche (22 mars) et les variétés classiques comme Cosmos avaient alors le sommet de leur épis distant du plateau de tallage de 0,5-0,8 cm et atteindront donc le stade BBCH 30 dans les prochains jours. 

La principale différence entre cette saison et les précédentes est la quantité de lumière que les plantes ont pu capter en novembre, décembre et janvier (voir tableau). C'est ce qui explique également le tallage exceptionnel que l'on observe cette saison pour tous les semis précoces.

Tableau reprenant les moyennes mensuelles de températures et les sommes mensuelles d’ensoleillement des 5 dernières saisons pour la période allant du semis à la phase de redressement. Données provenant de la station IRM-CRA-W d’Ernage.

*les données concernant le mois de mars 2026 sont approchées car le mois n'est pas terminé.

Fertilisation :

Les premières fractions des schémas en comportant 3 ont déjà été appliqué depuis quelques semaines, la deuxième phase d'application de ce programme devrait se dérouler d'ici une à deux semaines. Pour les semis de novembre visant une fertilisation en 3 applications comme pour les semis d'octobre pour lesquels un programme en 2 fractions est prévu, les stades optimaux d'application sont atteints.

Régulateur de croissance :

Le développement excessif des épeautres semés aux alentours du 15 octobre doit nous rendre prudent. Ce fut le cas lorsque nous avons réduit les doses d'azote appliquées en première fraction (40 uN au lieu de 60 uN) mais ce ne sera pas suffisant pour nous prémunir de la verse tant la densité des talles est abondante chez les premiers semés. C'est pourquoi avec l'arrivée du stade BBCH 30, nous allons, lorsque cela sera possible, appliquer un premier traitement raccourcisseur sur l'essai épeautre semé mi-octobre. A ce stade, les produits contenant du Chlormequat chlorure (Cycocel®) sont autorisés ainsi que ceux composés du mélange Trinexapac-éthyle + prohexadione-Ca (Prodax, Medax Max, Percival,…) et ceux contenant de la Prohexadione seule (Fabulis OD, Yawl, …). Comme l'ont montré les essais menés par l'Unité de Protection des plantes du CRA-W, en année verse (2023), seuls les programmes combinant un Chlormequat-chlorure et une seconde molécule ont permis de maintenir les épeautres sur pied.

Deux photo prises le 22 mars illustrant la densité du couvert et le développement des épeautres semés au 15 octobre. A gauche la variété Cosmos, à droite Courtoise.

Les conditions météo annoncées pour les prochains jours ne sont pas des plus indiquées car si les problèmes de sélectivité ne surviennent que lorsque les températures sont négatives, l'efficacité du Cycocel n'est optimale que par temps poussant, c'est-à-dire lorsque la moyenne de température atteint 10°C le jour du traitement et les deux jours suivants. Nous attendrons donc les conditions favorables. Notre conseil pour les situations à risque est d'appliquer un Cycocel au stade BBCH 30 ainsi qu'un second raccourcisseur au stade BBCH32 (2ème nœud). Dissocier l'utilisation de ces deux produits permet de réduire le risque de phytotoxicité sur la culture. Ce risque est important et certaines années, les rendements peuvent être affectés de façon catastrophique par des traitements non appropriés. Ce fut notamment le cas de l'association Cycocel + Prodax en 2024 qui a réduit le rendement de 20% ! Les produits contenant du Trinexapac-éthyle sont les plus à craindre. Ils sont efficaces en tant que raccourcisseur mais affectent fréquemment le rendement.

Tableau résumant les principaux enseignements des essais raccourcisseurs en épeautre réalisés au cours de ces 4 dernières années par l’Unité de Protection des plantes du CRA-W.

Sur base des quatre années d'essais et parmi les matières actives disponibles, le chlorure de mepiquat associé à la prohexadione (Medax Top) semble être celui qui préserve le mieux la plante de problèmes de phytotoxicité tout en conférant, lorsqu'il suit un traitement cycocel, une protection efficace contre la verse.

La situation décrite ne vaut que pour les épeautres semés en octobre dans les régions plus chaudes. Pour les semis plus tardifs et ceux réalisés en région plus froides, la décision ou non d'un recours à deux traitement raccourcisseurs devrait se prendre plus tard en fonction du développement de la culture et des conditions météorologiques.

Un autre point que je voudrais aborder dans cet avis concerne les effets indésirables des régulateurs tant sur la santé humaine que sur l'environnement. S'il est clair que ces produits ne sont jamais utilisés de gaieté de cœur, on oublie ou ignore souvent que certains d'entre eux sont plus toxiques que d'autres. Les informations concernant leurs effets sont nombreuses mais pas toujours facilement accessibles. Des indicateurs devraient bientôt voir le jour et venir faciliter cette lecture mais à l'heure actuelle, vous pouvez déjà trouver bon nombre d'information sur le site phytoweb. Parmi ces dernières et pour illustrer les différences existantes entre produits, j'ai repris les pictogrammes de danger qui doivent figurer sur chacun des régulateurs de croissance qui ont été agréés en Belgique. C'est loin d'être suffisant pour caractériser un produit mais cela montre bien que tous ne sont pas égaux et que certains nécessitent plus de précaution que d'autres. Comme pour la phytotoxicité sur céréales, les produits à base de Prohexadione et de chlorure de mépiquat semblent moins toxiques, les pires étant ceux qui contiennent du trinexapac-éthyle. Si vous êtes amenés à les utiliser, prenez soin de bien vous protéger.

Tableau reprenant certains des régulateurs de croissance ainsi que les codes SGH et pictogrammes de danger qui leur sont associés.

Je vous souhaite une agréable semaine,

Guillaume Jacquemin


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